Pourquoi l’économie à 90 % ne constitue pas une bonne nouvelle

Opinion du 26/06/2020 de Fa Quix

Les prévisions pour cette année indiquent une contraction économique de 10 %. Il est également peu probable que nous arrivions à la combler l’année suivante. La cause de la contraction économique attendue cette année ne nécessite aucune explication. Mais pourquoi s’avérera-t-il très difficile de la combler ? Il y a plusieurs raisons à cela.

Du côté de l’offre, le lockdown brutal est responsable de la perte d’une partie considérable de la capacité de production. Et la perte la plus importante est encore à venir. Dans les entreprises qui survivent – et espérons que ce soit autant que possible le cas pour les entreprises dont la situation était saine avant la crise du coronavirus – la productivité va diminuer. Les mesures de sécurité de la distanciation sociale, qui exigent que les gens se tiennent et travaillent à une distance minimale imposée, la perte de temps lors des échanges d’équipes, l’organisation de travail adaptée, les pauses par petits groupes, etc. font que les entreprises n’arriveront pas à atteindre à 100 % leur niveau de rendement d’avant la crise.  

Du côté de la demande, on s’attend à ce que la consommation ne se redresse que très lentement. La peur est si omniprésente que les citoyens ont du mal à sortir de leur confinement. Espérons qu’ils seront à nouveau prêts à le faire maintenant que le ‘funshopping’ est autorisé depuis le 1er juillet. La demande est aussi affectée par la perte réelle de revenus qu’ont subi/que subissent des centaines de milliers de personnes à cause de la crise.

Pour notre économie, cela signifie qu’aussi bien l’offre que la demande sont perturbées. Et la relance n’est pas pour demain. Car la crainte d’une seconde vague d’infection au coronavirus en automne ou au début de l’année prochaine incite les consommateurs pour l’instant à la prudence.

Ce ne sera qu’avec l’arrivée d’un vaccin pouvant être largement administré que le consommateur se montrera à nouveau enclin à débourser son argent de manière insouciante. 

C’est une catastrophe pour nos entreprises et pour notre prospérité. L’économie continuera donc à tourner à 90 % pendant quelque temps. Koen De Leus, économiste en chef de BNP Paribas Fortis, exprime cette thèse en euros : “Sur une base annuelle, cela représente pour la Belgique une baisse des richesses produites de 50 milliards d’euros. Pour notre gouvernement, il s’agit de surcroît d’une perte annuelle de revenus (impôts et cotisations sociales) de 25 milliards d’euros”. Ceux qui espéraient une sécurité sociale renforcée peuvent donc reléguer ce rêve aux oubliettes.

Avec toutes les mesures de soutien, le déficit public augmente d’au moins quelques dizaines de milliards d’euros. Notre dette publique passe d’environ 100 % du PIB à environ 115 %… dans le cas où l’économie tourne à 100 %. Si notre économie passe à 90 % de ses capacités, le dénominateur baisse de façon dramatique et la dette se rapproche rapidement des 130 %, donc un peu comme en Italie. Et quelle est la rentabilité des entreprises qui tournent à 80 ou 90 % par rapport à la période pré-corona ?

Le seul point positif pour nos entreprises est que les gens ont redécouvert leur maison et leur jardin. Les achats de mobilier d’extérieur ont fortement augmenté. La rénovation et l’embellissement de la maison bénéficient aussi d’une attention accrue. Pour répondre à cette tendance, Fedustria lance la campagne de promotion “Donnez plus de couleur à votre intérieur”. La même tendance qui vise l’embellissement du propre logement existe aussi dans nos pays voisins. Cela donnera un coup de pouce à l’exportation de ce type de produits. Dans ce contexte, il est essentiel que les frontières demeurent ouvertes et que tous les Etats membres de l’UE et l’UE elle-même mènent une politique de relance.

Fa Quix, directeur général