Les défis géopolitiques sont bien plus grands que les petits incendies politiques quotidiens. Et la Chine occupe une position centrale.

Opinion du 10/12/2021 de Fa Quix

La ‘géopolitique’... Il n’est pas facile de la définir. Disons qu’il s’agit essentiellement de la lutte politique sur la scène mondiale. Le débat actuel sur l’énergie en est un exemple : la sortie du nucléaire s’accompagnera d’une entrée du gaz. Cela comporte un risque géopolitique : nous devenons plus dépendants de régimes autoritaires capricieux, comme la Russie et le Qatar.

L’Europe se réveille enfin de sa naïveté envers la Chine.

Mais le plus grand risque géopolitique est sans aucun doute la Chine. La place occupée par L’Empire du Milieu sur la scène mondiale prend de plus en plus d’ampleur et monte en agressivité. Lorsque le gouvernement australien a osé critiquer le régime chinois, la vengeance chinoise ne s’est pas fait attendre : plus de charbon australien, la Chine se tirant ainsi une balle dans le pied, compte tenu de la crise énergétique actuelle. La Lituanie, petit Etat membre de l’UE, a connu un boycott similaire quand elle a cherché un rapprochement diplomatique avec Taïwan. Aussitôt, les licences d’exportation de lait n’ont plus été renouvelées. Mais ni l’Australie ni la Lituanie ne se sont laissé intimider.

Heureusement, l’UE a bien évalué cette nouvelle situation géopolitique. Le plan ‘Global Gateway’ récemment annoncé vise à offrir une alternative à l’initiative chinoise ‘Belt & Road’. L’initiative ‘Belt & Road’ a pour objectif de financer les travaux d’infrastructure faisant l’objet de crédits octroyés par la Chine. L’UE souhaite investir environ 300 milliards de dollars jusqu’en 2027 dans l’énergie durable, la numérisation et les soins de santé. L’accent géographique est mis sur les Balkans occidentaux, l’Afrique subsaharienne et le Caucase. Ce qui devrait constituer une meilleure alternative aux fréquents ‘prêts oppressifs’ de la Chine, qui peuvent causer des problèmes aux pays, comme le Monténégro, par exemple. Ou le Congo auquel la Chine s’intéresse tout particulièrement pour ses matières premières comme le cobalt et le cuivre. Parmi les travaux d’infrastructure promis, tels qu’autoroutes et hôpitaux, peu ont vu le jour.

L’UE parle, à juste titre, d’un ‘rival systémique’, qui représente une menace non seulement pour notre modèle occidental, mais aussi pour notre prospérité. En ce qui concerne les matières premières, nous en faisons l’expérience dans notre propre pays et dans toute l’UE avec le bois rond acheté massivement par la Chine, qui entraîne non seulement une augmentation des prix, mais menace notre propre industrie du bois de problèmes d’approvisionnement.

L’Europe se réveille enfin de sa naïveté envers la Chine. L’Allemagne aussi change de cap. L’ère Merkel favorable à la Chine touche à sa fin et doit faire place à une trajectoire plus équilibrée présentée par la nouvelle coalition. Celle-ci n’approuvera pas – du moins si aucune modification n’y est apportée – l’accord d’investissement scandaleux conclu entre l’UE et la Chine, que Merkel a ‘imposé’ à l’Europe fin 2020.

Notre pays devrait également montrer les crocs. L’UE a recommandé aux Etats membres de filtrer les investissements chinois. Chaque Etat membre doit créer un mécanisme destiné à évaluer si les investissements chinois ou les acquisitions d’entreprises (c’est-à-dire leur technologie) sont appropriés. La plupart des Etats membres disposent déjà d’un tel mécanisme de filtrage. La Belgique fait partie des rares pays membres qui n’en possèdent pas encore. Messieurs les Ministres, occupez-vous de ce qui est vraiment important pour notre avenir, comme une stratégie cohérente et bien pensée vis-à-vis de la Chine.

Fa Quix, directeur général