L’inflation grimpe. Le gouvernement doit intervenir maintenant.

Opinion du 08/04/2016 de Fa Quix

Nous ne nous étendrons pas sur les causes de cette forte croissance de l’inflation. Une multitude de facteurs sont en effet à la base, étant donné que tant le coût des services publics que celui des fruits ou des voyages ont augmenté. Mais c’est en tout cas une mauvaise nouvelle. Tant pour les entreprises et l’emploi que pour les pouvoirs publics. Pour les entreprises, la perte de compétitivité signifie qu’il faut s’attendre à une moindre croissance et de moindres bénéfices d’exploitation, ce qui peut faire reporter, ou, au pire, annuler, certains projets d’investissement. Cela également pèse sur la croissance potentielle.

Une nouvelle stupéfiante fin mars : l’inflation en Belgique dépasse aisément le cap de 2 %, alors qu’elle est encore légèrement négative (-0,1 %) dans la zone euro. Et comme la Belgique est à peu près le seul pays au monde où les salaires sont liés automatiquement à l’évolution des prix, cela signifie que la compétitivité salariale belge se dégrade d’environ 2 %. L’avantage du dernier saut d’index est, de la sorte, grandement vidé de sa substance. Le tax shift amorcé cette année ne résoudra pas ce problème. Le gouvernement doit donc à nouveau intervenir et il doit le faire maintenant.
 
Une moindre croissance signifie également moins de création d’emplois, malgré les mesures de renforcement de la compétitivité prises par le gouvernement. Le saut d’index est en effet érodé six mois plus tôt que prévu. Et le tax shift ne réduira que progressivement les charges salariales et, de toute manière, moins qu’annoncé. Moins d’emplois signifient également une plus faible augmentation du pouvoir d’achat sur le plan macroéconomique, dans l’économie belge globale donc.
 
Et c’est également une mauvaise nouvelle pour les autorités, qui devront élaborer leur budget pour 2017 de manière encore plus serrée, à partir d’une croissance plus faible et de revenus moins élevés qu’estimés initialement. Mais elles devront d’abord boucher un gouffre de près de 3 milliards d’euros dans le budget de 2016. Une comptabilité créative ne suffira malheureusement pas.
 
C’est pour cela que le gouvernement doit intervenir maintenant. En premier lieu, il doit renforcer le tax shift. Il avait été promis de réduire les cotisations patronales à l’ONSS de 8 points de pourcentage (de 33 % à 25 %), mais ces 8 pourcents ne seront pas atteints avec les mesures de tax shift actuelles. D’autre part, le tax shift actuel comporte encore quelques points noirs qui doivent être éliminés, essentiellement en rapport avec la réduction des charges pour le travail en équipes et de nuit, afin d’éviter que même le tax shift en cours ne produise que des effets partiels.
 
Mais à court terme, et en première priorité, le gouvernement doit renforcer la loi de 1996 sur le maintien de la compétitivité. Cette mesure était annoncée dans l’accord de gouvernement et doit entrer en vigueur avant que les négociations interprofessionnelles ne débutent en fin d’année. Cette loi doit être révisée de manière telle qu’elle rende tout dérapage salarial impossible dans le futur. Plus encore, cette révision doit également veiller à ce que le handicap salarial historique accumulé avant 1996 (environ 12,5 %) disparaisse (à terme). La loi adaptée doit devenir la pierre angulaire de la politique du gouvernement, en vue de rétablir la compétitivité des entreprises. Si ce gouvernement prend vraiment l’économie au sérieux, il doit intervenir maintenant.
 
Fa Quix, directeur général