Le vide politique au niveau fédéral est une situation dangereuse

Opinion du 08/11/2019 de Fa Quix

Six mois après les élections du 26 mai, aucun nouveau gouvernement fédéral n’est en vue. Certains pourraient penser : “Il ne pourra dès lors prendre aucune mesure qui perturbe les entreprises ou, pire, qui les surcharge davantage.” D’autres diront que ce sont de toute façon les gouvernements régionaux qui tiennent les rênes et qu’il n’y a par conséquent aucun problème. Et d’autres encore penseront peut-être qu’un gouvernement fédéral ne changera rien.

Il s’agit malheureusement de demi-vérités. Comme nous l’avons expliqué précédemment, de nombreuses compétences sont encore aux mains du fédéral. Certainement des compétences qui ont un impact direct sur les entreprises et leur gestion : le droit des sociétés, l’impôt des sociétés, la sécurité sociale, le droit du travail, etc. Et le budget public fédéral reste le plus important, car il englobe e.a. la sécurité sociale. Les messages alarmistes selon lesquels le déficit public dérape cette année – mais également l’année prochaine – doivent nous faire prendre conscience de l’urgence. Il s’élève désormais à plus de 10 milliards d’euros.

Et cela devient réellement dangereux lorsque le Parlement comble ce vide autour du gouvernement fédéral minoritaire démissionnaire avec des majorités de rechange. Nous avons désormais une nouvelle Première ministre, mais de quel gouvernement ? Un gouvernement qui est loin de disposer d’une majorité et qui n’a donc aucun pouvoir. Nous avons découvert fin octobre quelles pouvaient en être les conséquences : un budget de douzièmes provisoires a été approuvé avec une proposition budgétaire pour plus de dépenses dans le secteur des soins de santé, etc. proposition déposée par les communistes du PTB et soutenue par l’extrême droite (Vlaams Belang) – ‘les extrêmes se touchent’ – avec en outre une alliance de gauche rouge-vert par-delà la frontière linguistique. Coût ? 400 millions d’euros.

Il s’agit d’une situation délicate. Qu’est-ce qui nous attend ? Cette alliance néfaste bigarrée peut ainsi encore imaginer et approuver une multitude d’autres dépenses. Le président du Sp.a – John Crombez jusqu’à nouvel ordre - a déjà fait savoir qu’il souhaitait p.ex. diminuer la tva sur l’électricité à 6 % et augmenter la pension minimum, etc. Cela représenterait des dépenses supplémentaires de pas moins de 2 milliards d’euros... votées par des partis qui n’exercent aucun pouvoir exécutif et auxquels il sera difficile de demander des comptes. Des taxes supplémentaires pour les entreprises ? Elles pourraient être votées du jour au lendemain.

Non, il n’est pas possible que le vide politique soit utilisé abusivement pour faire des dépenses qui ne s’inscrivent pas dans un cadre plus large et équilibré, et approuvé par un gouvernement. 

D’où l’urgence d’un nouveau gouvernement fédéral. Pour éliminer le risque susmentionné. Mais également pour mener une politique responsable et indispensable. Et pour être prêt à relever avec détermination les défis actuels et futurs.

Par exemple pour se préparer aux conséquences du Brexit si l’on devait encore se diriger vers un no-deal – envisageable p.ex. fin janvier... ou fin décembre 2020. Ou pour se pencher sur la pénurie sur le marché du travail (en concertation avec les gouvernements régionaux), et le vieillissement (les pensions !), les soins de santé, les problèmes de mobilité, etc.

Le vide politique actuel au niveau fédéral est donc intenable et même dangereux. Plus la situation perdure, plus le danger d’un dérapage futur du déficit public augmente. Et plus les efforts que les citoyens et les entreprises devront fournir pour rectifier ce dérapage seront importants… via des mesures que le prochain gouvernement fédéral devra inévitablement prendre.

Fa Quix, directeur général