La Commission européenne et les États membres sont eux-mêmes à la base de cette crise énergétique. Les entreprises en font les frais, mais elles doivent aussi se mettre au travail

Opinion du 30/09/2022 de Fa Quix

Non, la crise énergétique ne tombe pas du ciel. Et non, la stratégie russe relative au gaz n’en est pas la cause directe (mais elle en est l’accélérateur). La véritable cause a été créée il y a des années, par une transition énergétique politiquement irréfléchie dans l’UE et les États membres. En effet, cette transition énergétique a créé un déséquilibre fondamental entre les ambitions climatiques élevées, d’une part, et la sécurité d’approvisionnement à des prix abordables, d’autre part. Ce dernier point a été négligé, ce qui signifie que la sécurité d’approvisionnement n’était plus garantie, avec les pénuries d’énergie que nous connaissons depuis l’automne dernier. Avec cette crise énergétique sans précédent pour résultat.

C’est au niveau européen que la différence peut et doit être faite.

La Commission européenne et les États membres sont donc eux-mêmes à la base de cette crise énergétique. Poutine a encore remué le couteau dans la plaie, aggravant ainsi la situation. Il n’est évidemment pas possible de remédier du jour au lendemain à des années de mauvais choix stratégiques. Le niveau politique qui doit s’y attaquer en premier lieu est donc le niveau européen. Car c’est à ce niveau que notre système énergétique a été conçu. Les mesures prises par les gouvernements belge et régionaux sont certes les bienvenues, mais elles ne feront finalement pas la grande différence. Cela revient à traiter le symptôme, ce qui, au mieux, soulage les citoyens et, dans une certaine mesure, les entreprises.

C’est au niveau européen que la différence peut et doit être faite. Comme nous l’avons souvent souligné, la clé de la résolution de cette crise énergétique réside dans le prix du gaz. L’Europe peut jouer un (grand) rôle à cet égard. Faire pression, par exemple, sur les fournisseurs de gaz ‘amis’ comme la Norvège, le Qatar, les États-Unis… pour qu’ils augmentent leur offre de gaz et nous le vendent à des prix plus raisonnables. Et d’autre part, faire des propositions pour réduire la consommation de gaz/d’énergie en Europe de manière coordonnée. La Commission l’a fait depuis (consommation de gaz -15 %, consommation d’électricité -10 %). D’ailleurs, la consommation de gaz va automatiquement diminuer dans les mois à venir en raison des prix élevés, ainsi que de la récession à venir.

En bref, un meilleur alignement de l’offre et de la demande permettra de réduire davantage les prix du gaz. Compte tenu de la forte ‘inélasticité de la demande’, une réduction limitée de la demande peut avoir un effet à la baisse important sur le prix. Pourquoi ne pourrions-nous pas revenir à terme aux prix du gaz d’avant la crise énergétique ?

Mais les entreprises, qui subissent en partie les conséquences des politiques énergétiques irréfléchies de nos gouvernements, doivent également se mettre au travail. Par exemple, améliorer encore leur efficacité énergétique grâce à des processus de production plus économes en énergie. Et bien sûr, s’engager à miser davantage sur leur propre énergie renouvelable, comme des panneaux solaires, l’incinération des déchets de bois, éventuellement l’énergie éolienne… Cela rendra les entreprises plus indépendantes sur le plan énergétique et réduira en même temps leur empreinte carbone, les rendant ainsi plus respectueuses du climat. Cela ne résoudra pas tout, mais dans cette grande crise énergétique, chaque petit geste compte.

Fa Quix, directeur général