Porter le taux d’emploi à 80 % est une condition préalable essentielle pour assurer notre prospérité future. Le ‘deal pour l’emploi’ n’y contribue pourtant absolument pas

Opinion du 03/06/2022 de Fa Quix

Le CEO d’Agoria, Bart Steukers, l’a exprimé avec beaucoup d’à-propos lors de leur événement annuel. ‘The Green Exchange’ le 25 mai dernier : “Le fondement de notre prospérité, ce sont les personnes actives. Un taux d’emploi de 80 % est absolument nécessaire pour maintenir cette prospérité.”

On attendait beaucoup du ‘deal pour l’emploi’ du gouvernement fédéral, qui a fait beaucoup parler de lui. Mais la déception est grande.

Nous n’en sommes toujours aujourd’hui qu’à 74 %. En d’autres termes, 26 % des Belges en âge de travailler (25-64 ans) ne sont ... pas actifs. Et il ne s’agit pas en premier lieu de chômeurs. En effet, 4,1 % seulement de la population active est au chômage et reçoit des allocations à ce titre. Par contre, 21,8 % ne cherchent tout simplement pas d’emploi. “En chiffres absolus, nous parlons de 1.315.000 Belges âgés de 25 à 64 ans qui ne travaillent pas et ne sont pas à la recherche d’un emploi”, rapporte Stijn Baert, professeur de droit du travail à l’UGent.

Ce vaste groupe de personnes inactives est très diversifié. Mais une catégorie se distingue, et elle est même beaucoup plus large que le groupe des demandeurs d’emploi. Il s’agit des malades de longue durée, qui représentent 6,8 % de la population en âge de travailler. D’autres groupes sont beaucoup plus petits et ont parfois ‘une bonne raison’ de ne pas travailler, par exemple ceux qui sont encore aux études ou en formation (1,4 % de la population en âge de travailler de plus de 25 ans), ou encore ceux qui ont pris une pension anticipée (1,2 %).

Un groupe qui travaille remarquablement peu est celui des habitants originaires de l’extérieur de l’UE. En Belgique, pas moins de 44 % de ces concitoyens sont inactifs, contre 29 % en moyenne dans l’UE. Ce sont surtout les femmes issues de l’immigration qui ne sont pas au travail : 6 sur 10. Le professeur Stijn Baert appelle à une politique d’activation plus stimulante. Mais il faudra d’abord faire tomber certaines barrières culturelles.

On attendait beaucoup du ‘deal pour l’emploi’ du gouvernement fédéral, qui a fait beaucoup parler de lui. Mais la déception est grande. En effet, le ‘deal pour l’emploi’ ne fait rien pour accroître le taux d’emploi. Aucune des mesures proposées n’y contribuera. Par contre, on y retrouve de nouvelles obligations pour les entreprises et de nouveaux droits pour les travailleurs (p.ex. en matière de formation). Résultat : dans quelques années, nous ferons encore du sur-place en termes de taux d’emploi.

Et pendant ce temps, la pénurie de main-d’œuvre sur le marché du travail continue de poser de gros problèmes aux entreprises. De nombreux postes vacants ne trouvent pas preneurs ou seulement avec beaucoup de difficultés. Le professeur Stijn Baert fait quelques propositions à cet égard : “Rendre le travail considérablement plus attractif en déplaçant la pression fiscale du travail vers la consommation, en appliquant donc des taux de tva plus élevés pour certains produits – exactement le contraire de ce qui se fait actuellement. Et travailler enfin à une réforme des pensions qui encourage l’allongement de la vie professionnelle”, a-t-il déclaré à Het Laatste Nieuws (3 mai 2022). Car soyons clairs : si l’on ne réforme pas les pensions de manière drastique, et rapidement, notre Sécurité sociale deviendra impayable. La solution se situe dans un taux d’emploi de 80 %. Et pour cela, nous aurons besoin de (beaucoup) plus que ce ‘deal pour l’emploi’.

Fa Quix, directeur général