“La productivité augmente trop lentement”... mais elle est élevée dans l’industrie. Dans le secteur des services en revanche...

Opinion du 06/09/2019 de Fa Quix

Si l’on demandait aux chefs d’entreprise de notre industrie : “Votre productivité augmente trop lentement, que faites-vous à ce sujet ?”, la plupart seraient surpris. Dans nos usines de production, l’augmentation de la productivité est une préoccupation majeure depuis des décennies. Et chaque année, nous essayons de l’améliorer un peu plus encore. C’est d’ailleurs principalement grâce à cette productivité très élevée que les entreprises de production peuvent encore réussir dans un environnement de coûts élevés. D’autres facteurs jouent aussi un rôle, bien sûr.

Au début de l’été, c’était comme si ‘un nouveau fléau’ s’abattait au-dessus de notre économie belge : la faible croissance de la productivité ! Cela mettrait une pression sur notre Etat-providence et encore plus sur notre sécurité sociale, en particulier sur les coûts du vieillissement de la population. Ce lien n’est pas immédiatement évident : la productivité et la ‘payabilité’ des pensions ? Nous devons l’énorme croissance de la prospérité après la Seconde Guerre mondiale à la croissance de l’économie, liée à une forte croissance de la productivité. Une partie a été convertie en augmentation du pouvoir d’achat et/ou en réduction du temps de travail.

Au cours des dernières décennies, la productivité dans l’industrie a augmenté à un point tel que les limites physiques ont été ou sont progressivement atteintes.

Il est presque impossible pour les machines de fonctionner plus vite (à moins que les fabricants de machines eux-mêmes n’apportent des innovations spectaculaires) et le nombre d’emplois par unité de production a été réduit au strict minimum, ce qui signifie que les investissements permettant d’économiser du travail ne sont déjà parfois plus rentables. La bonne nouvelle, c’est que cela nous place au sommet de la productivité ; la mauvaise, c’est que nous avons de plus en plus de difficultés à compenser les nouvelles augmentations de coûts avec des améliorations de la productivité.

Là où la productivité dans notre pays est vraiment en retard en revanche, c’est dans le secteur des services. Et ces activités de services se développent de plus en plus. Mais il n’est pas si simple d’améliorer la productivité dans les services. Cela est encore possible dans le commerce de détail et la distribution, par exemple avec les caisses automatiques, ainsi que dans le secteur bancaire, où beaucoup de progrès ont déjà été faits (vous effectuez vous-même vos opérations bancaires et contribuez ainsi à augmenter la productivité de votre banque). En revanche, dans les services personnalisés, dans les hôpitaux, dans les centres de soins, dans le secteur de la protection sociale, dans le secteur des titres-services, ainsi que dans les services de police et de sécurité, il n’y a pas d’augmentation manifeste de la productivité.

Comparer la productivité d’un opérateur dans une usine à celle d’une infirmière dans un centre de soins, c’est comparer des pommes et des poires. Et c’est précisément ce que fait actuellement la ‘moyenne belge en termes de productivité’. Quant à l’e-commerce, il s’accompagne de nombreux emplois à faible productivité.

Ce dont nous avons besoin, c’est de plus de croissance économique et de plus de valeur ajoutée. Un cadre macroéconomique stimulant, assorti d’une baisse des impôts (y compris sur le travail) et d’une réduction des charges administratives, permet d’accroître la croissance. L’augmentation du taux d’emploi aussi. Quant à la valeur ajoutée, elle peut s’accroître grâce au développement de produits, fruit de l’innovation.

Ne nous attardons donc pas sur le fétichisme macroéconomique de la ‘productivité’. Optons pour encore plus d’innovation et encore plus de valeur ajoutée dans notre industrie et dans notre économie en général. Les nouveaux gouvernements peuvent déjà en faire une priorité politique !

Fa Quix, directeur général