La Commission européenne risque de s’enliser dans un enchevêtrement d’initiatives et de complexité jusqu’à ce que cela devienne inapplicable et incontrôlable

Opinion du 21/01/2022 de Fa Quix

La Commission européenne a de l’ambition. Beaucoup d’ambition. Nous l’avons vu avec la proclamation du très ambitieux Green Deal presque immédiatement après son lancement fin 2019, avec dans son sillage une avalanche d’initiatives : NextGeneration EU, Fit for 55, une nouvelle Stratégie industrielle, une nouvelle ‘Circular Economy Strategy’, une stratégie européenne pour des textiles durables, une nouvelle stratégie numérique, une stratégie pour les pme, etc.

“Nous devons revenir aux sources : que devons-nous faire, en tant qu' 'Europe' ? Dans l'intérêt de qui ? Et nous devons le faire de la manière la plus simple et la plus transparente possible.”

L’ambition, c’est bien. Mais nous savons aussi que ceux qui sont trop ambitieux finissent souvent par n’obtenir aucun résultat, ou du moins aucun résultat satisfaisant. Car comment toutes ces stratégies sont-elles coordonnées ? Dans quelle mesure sont-elles gérables ? Ne vont-elles pas se gêner l’une l’autre ? Où sont les synergies ?

Et puis il y a la manière dont ces stratégies sont élaborées. On retrouve des procédures compliquées, des organes de concertation, des task forces, etc. Chacune de ces structures regorge de méthodes de travail complexes, de grands mots comme ‘écosystèmes’, ou de slogans pratiquement incompréhensibles comme ‘working on common blueprint with horizontal building blocks’. Vous suivez toujours ?

Il ne manque donc pas de bonnes intentions. Mais si l’on poursuit de cette manière, la Commission européenne risque de s’enliser dans un enchevêtrement d’initiatives et de complexité jusqu’à ce que cela devienne inapplicable et incontrôlable. Cela ne profite pas à nos entreprises.

Inapplicable, c’est-à-dire qu’il sera difficile, voire impossible, d’obtenir des mesures judicieuses ou utiles qui aideront réellement l’industrie. C’est évidemment notre travail d’essayer d’orienter tout cela dans la bonne direction. Nous le faisons principalement en collaboration avec nos organisations européennes telles qu’Euratex, CEI Bois, EPF, Eurocoton, etc. Nous ne pouvons toutefois pas éteindre tous les feux et nous ne pouvons pas réagir à tout. L’avalanche d’initiatives est trop importante et trop confuse pour cela. Nous devons établir des priorités dans l’espoir d’atteindre le bon objectif.

Mais plus dangereux encore, cela risque de devenir ‘incontrôlable’. Si bien que l’ensemble de la politique européenne deviendra si complexe que seuls les technocrates, les lobbyistes intelligents et les consultants pourront en tirer profit. Et ce ne sera pas dans l’intérêt général, même s’ils essaieront de le ‘vendre’ de la sorte. Non, cela doit réellement être dans l’intérêt du plus grand nombre possible d’entreprises, et surtout des pme.

La question est évidente : ne faut-il pas appuyer sur le bouton ‘reset’ à la Commission européenne ? Le système est effectivement bloqué, ou pratiquement. Nous devons revenir aux sources : que devons-nous faire, en tant qu’ ‘Europe’ ? Dans l’intérêt de qui ? Et nous devons le faire de la manière la plus simple et la plus transparente possible.

Les tâches essentielles sont les suivantes : renforcement du marché intérieur, politique commerciale visant l’ouverture mutuelle des marchés, politique industrielle axée sur l’innovation (par la numérisation et l’écologisation, entre autres) et protection contre les acteurs déloyaux (tels que la Chine). En ce qui concerne ce dernier point, l’UE a récemment pris une bonne initiative pour mieux nous armer contre les rachats chinois par exemple. Il faut donc un ‘reset’ vers la simplicité, la focalisation et la volonté d’agir.

Fa Quix, directeur général