L’euro est plus qu’une simple monnaie

Opinion du 01/06/2018 de Fa Quix

LA RÉDACTION DE CETTE OPINION A ÉTÉ CLÔTURÉE LE 31/5 À 12H, DONC AVANT LA FORMATION INATTENDUE DU GOUVERNEMENT EN ITALIE.

Commotion en Italie où il n’a pas encore été possible de composer un nouveau gouvernement après les élections du 4 mars 2018. La Lega d’extrême droite et le mouvement populiste de gauche Cinq Étoiles étaient pourtant convenus d’un contrat de gouvernement mais ... ils n’avaient pas encore de gouvernement. Par consensus, un non-parlementaire avait été proposé au Président italien comme nouveau Premier ministre.

Mais comme le Président a refusé de nommer un ministre des Finances critique envers l’euro, le futur Premier ministre a jeté l’éponge avant même de commencer son travail gouvernemental.

Commotion, parce que le président aurait soi-disant outrepassé ses compétences démocratiques et cédé aux ‘europhiles’, sous la pression d’un dictat de ‘l’Europe’ et de grands pays comme l’Allemagne et la France. Ou encore sous la pression des marchés financiers qui voudraient ‘détruire’ la démocratie italienne. La politique italienne est plongée dans une crise profonde. Un gouvernement de transition ne constitue qu’un report vers une nouvelle crise intérieure.

C’est bien sûr un truc politique bien connu de toujours rejeter la faute sur l’autre. Et en Italie, cette mauvaise habitude perdure depuis de nombreuses années. Il n’apparaît pas aux yeux des deux grands partis qu’ils sont eux-mêmes, et surtout beaucoup de leurs prédécesseurs, à la base des problèmes majeurs auxquels le pays est confronté. Comme vous pouvez le lire ailleurs dans ce Fedustria News, l’Italie est, avec la Grèce, le seul pays de la zone euro qui ne s’est toujours pas rétabli de la Grande Récession de 2008-09. En 2017, le PIB italien était encore inférieur de 6 à 7 % au niveau de bien-être de 2007. L’année dernière, l’Espagne est sortie de ce groupe douteux. Mais pour l’Italie, cette perspective est encore lointaine et n’est certainement pas pour les deux prochaines années.

La dette publique s’y élève à 132 % du PIB (et nous nous inquiétons déjà fort en Belgique – et à juste titre – parce que nous dépassons tout juste les 100 %), la croissance de la productivité est quasi nulle en raison de structures socio-économiques figées et du corporatisme, le chômage des jeunes reste élevé, les jeunes les plus talentueux quittent le pays. Tout cela serait la faute de l’euro et de l’euro uniquement ?

L’Italie et de nombreux eurosceptiques perdent de vue le fait que l’euro est plus qu’une simple monnaie. 

Un pays qui fait partie d’une union monétaire telle que l’euro prend beaucoup d’engagements, comme un faible niveau de la dette publique, une politique budgétaire orthodoxe, et procède à des réformes socio-économiques afin de devenir une économie dynamique dans cette union monétaire.

Le fait que ‘l’Europe’ fasse actuellement des remontrances à l’Italie s’explique par le fait que, dans une union monétaire, un pays cède (une part) de sa liberté politique à l’UE. Le contrat de gouvernement de la Lega et de Cinq Étoiles a en fait négligé la donnée que l’Italie fait partie d’une union monétaire. Et un ministre potentiel, qui avait conçu le plan (secret) de quitter la zone euro, n’avait pas reçu de mandat en ce sens de la part de l’électorat italien. Cela aurait été une aventure imprudente, avec des conséquences catastrophiques, en premier lieu pour l’Italie elle-même.

L’euro a accru le bien-être. Si des pays membres n’en récoltent pas suffisamment les fruits, c’est en premier lieu dû à ces pays eux-mêmes, qui ont refusé d’introduire les réformes indispensables. L’Irlande, qui a été également durement touchée par la crise de l’euro, a remis son économie sur pied par des interventions parfois douloureuses. L’Italie se complaît malheureusement dans une tragédie romaine. Avec toutes les conséquences qui en découlent.

Fa Quix, directeur général