La crise de l'énergie et la transition énergétique font grimper les prix : c'est ce que l'on appelle la greenflation ou l'inflation verte. Il est grand temps de réévaluer certaines choses.

Opinion du 04/02/2022 de Fa Quix

L'inflation. La voilà soudain de retour, comme surgie de nulle part il y a un an. La désorganisation des chaînes logistiques à la suite des confinements en 2020 en a été l'élément déclencheur. Le chaos s'est soudain mis à régner dans les transports de conteneurs maritimes, on a enregistré une pénurie de matières premières et d'autres matériaux et les prix de l'énergie ont grimpé en flèche. Il ne fallait pas être grand devin pour prédire que ces hausses fulgurantes des coûts se répercuteraient, quelques mois plus tard, sur les biens de consommation fabriqués avec ces matériaux.

Si l’on refuse l'électricité verte produite par les centrales nucléaires, il y aura un danger permanent de pénurie énergétique.

En Belgique, ce phénomène risque en plus d'enclencher la tant redoutée spirale prix-salaire, en raison du système d'indexation automatique des salaires qui n'existe que dans notre pays. Ce système ne manquera pas d'éroder, au moins provisoirement, la compétitivité de nos entreprises face à nos concurrents/voisins. Les pouvoirs publics doivent absolument agir. Un saut d'index s'impose.

Et comment l'inflation va-t-elle évoluer à l'avenir ? Va-t-elle se calmer au printemps, sous l'influence de la baisse des prix de l'énergie et des matières premières ? Peut-être, espérons-le, mais rien n'est sûr. Cependant, une insidieuse tendance à la hausse se profile à plus long terme : le coût du verdissement de l'économie. Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, est la première à avoir communiqué ouvertement sur ce sujet. Elle a fait remarquer que le pacte vert (le ‘Green Deal’) impliquait de remplacer les combustibles fossiles par des énergies renouvelables, mais que celles-ci nécessitaient de nombreuses subventions, mais aussi une solution de repli pour garantir la sécurité d'approvisionnement, à savoir des centrales à gaz elles aussi subventionnées. Et comme le quotidien De Standaard l'écrivait (15 janvier 2022) : "L'électricité coûte le plus cher dans les pays qui se sont fortement engagés sur la voie du verdissement de leur économie, comme l'Allemagne et le Danemark."

Et cela alors que les besoins en énergie vont augmenter, en particulier les besoins en ‘énergie propre’, comme l'électricité verte. Il suffit de penser aux voitures électriques. Mais si l’on refuse l'électricité verte produite par les centrales nucléaires, il y aura un danger permanent de pénurie énergétique. Ce qui maintiendra les prix de l'énergie à un niveau élevé.

Dans le même temps, on stimule de toute part ‘l'économie circulaire’ dans l'industrie. Encore une noble idée, mais qui dissimule une fois de plus une hausse des prix. En pratique, les produits circulaires se sont en effet souvent révélés plus chers que les produits dits ‘linéaires’. Là encore, le verdissement de l'économie a donc un prix, qui se payera déjà à court et à moyen terme.

La crise énergétique actuelle et sa flambée des prix du gaz et du pétrole, conjuguées à la transition énergétique vers un verdissement de l'économie, entraînent donc une hausse des prix : la greenflation fait son entrée. Pour le politique, il est donc grand temps de réévaluer certaines choses. La priorité doit désormais être de défendre notre capacité industrielle, en Belgique et en Europe, pour garantir la prospérité et le pouvoir d'achat de la population à long terme.

Fa Quix, directeur général