Le défi énergétique pour notre industrie

Opinion du 22/06/2018 de Fa Quix

Le 13 juin, le conseil d’administration de Fedustria a pu accueillir Peter Claes de Febeliec. Febeliec est l’organisation professionnelle des consommateurs industriels d’énergie de notre pays. L’objectif est d’assurer que le marché dans le secteur de l’énergie fonctionne le mieux possible afin d’obtenir des prix compétitifs et une sécurité au niveau de l’approvisionnement énergétique. Fedustria est membre de Febeliec car dans le dossier énergétique politiquement chargé, nous croyons en l’adage “l’union fait la force”.

Et bien que nos entreprises du textile, du bois et de l’ameublement ne sont généralement pas les plus énergivores – comparées par exemple aux producteurs d’acier et de verre et au secteur chimique qui nécessitent relativement plus d’énergie – la facture énergétique est tout de même assez lourde pour un grand nombre de nos entreprises. Et plus élevée que dans nos pays voisins. Peter Claes a pu le démontrer d’emblée avec quelques chiffres significatifs. 

En Belgique, les prix spot de l’électricité sont actuellement en moyenne de 5 à 10 euros plus chers par mégawattheure qu’en Allemagne, en France et aux Pays-Bas.

Les prix spot du gaz se rapprochent bien plus, mais ils sont beaucoup plus élevés dans l’UE qu’aux États-Unis : là le prix de gaz moyen s’élève à moins d’un tiers du prix de gaz européen. L’extrusion de gaz de schiste aux États-Unis y joue certainement un rôle important.

Mais la différence ne se situe pas uniquement au niveau du ‘commodity price’ pour l’électricité et le gaz. Les redevances et les taxes – en fonction des régions Wallonie/Flandre – contribuent aussi à ce coût plus élevé pour nos entreprises. Les taxes et redevances, entre autres pour la subvention de l’électricité verte, ainsi que les coûts du réseau (tarifs de transport) sont significativement plus élevés dans notre pays, aussi bien en Wallonie qu’en Flandre, que dans nos pays voisins. Peter Claes a fait référence notamment à l’Allemagne où de grands consommateurs industriels ont pu réduire leurs tarifs de transport jusque 90 %. Ce qui fait qu’ils paient de 4 à 5 euros par MWh en moins par rapport à ici. Ce sont alors les citoyens allemands et les pme qui paient le prix fort.

Une étude scientifique de la KU Leuven a ainsi démontré que des tarifs d’électricité élevés ont une répercussion négative sur l’industrie. D’après cette étude, ceux-ci conduisent à la perte d’emplois. Inversement, une baisse de 10 % des coûts d’électricité entraînerait une augmentation de 6 % pour les investissements dans l’industrie et de 3 % pour l’emploi.

Mais que fait la politique pour changer les choses ? Chacun se rappelle les discussions animées sur le pacte énergétique. Celui-ci contient notamment une norme énergétique qui doit veiller à ce que les différentes composantes du coût énergétique en Belgique ne dépassent pas celles de nos pays voisins, afin de sauvegarder la compétitivité de nos entreprises et le pouvoir d’achat des familles. Pour le 20 juillet, le ministre devrait présenter une première proposition de loi à ce sujet au gouvernement (fédéral).

Qu’en est-il de la sécurité d’approvisionnement ? Comme la FEB et Fedustria, Febeliec plaide pour qu’au moins deux centrales nucléaires puissent continuer à fonctionner pendant au moins 10 ans après 2025. 

Ce serait aussi le scénario d’investissement le moins coûteux. Parce que les centrales à gaz censées assurer la capacité de production perdue des centrales nucléaires – au moins cinq sur sept doivent fermer – ne peuvent pas être construites sans subsides. Mais Peter Claes veut nuancer le défi que comporte la construction de nouvelles centrales à gaz : actuellement, un grand nombre de centrales à gaz sur le marché ne sont actuellement pas opérationnelles. Le jour où cela deviendra économiquement rentable, ce que le marché peut offrir aujourd’hui suffit. Les nouveaux parcs éoliens en mer du nord fourniront une capacité supplémentaire, mais ... un ‘back-up’ sera toujours nécessaire pour les jours appelés ‘Dunkelflaute’ en Allemagne (période hivernale sombre sans soleil ni vent). Et cette soi-disant électricité verte est bien plus chère par kWh. 

Au final, le défi de l’énergie reste important. Et le coût total de l’électricité dans notre pays, mais également dans les pays voisins, ne semble qu’augmenter. La question est de savoir qui paiera cette facture plus élevée ? Et optera-t-on pour l’emploi et la prospérité, ou pour l’intérêt politique à court terme ?

Fa Quix, directeur général