‘Be prepared for the worst’

Opinion du 01/03/2019 de Fa Quix

J’espère que lorsque vous lirez ces lignes, une solution aura été trouvée pour clore la déjà beaucoup trop longue saga du Brexit. Mais moins d’un mois avant le jour J pour le Brexit, c’est-à-dire le 30 mars 2019, on n’observe toujours aucun signe d’approbation d’un accord de retrait. Ce qui nous rapproche encore un peu plus de la funeste perspective du No Deal. C’est hallucinant.

Et même si ce Brexit n’aurait jamais dû se produire – blame it on reckless David Cameron – ce dossier aurait déjà dû trouver beaucoup plus rapidement une solution ‘raisonnable’.

Mais comment espérer maintenant l’usage de la raison dans ce débat émotionnel et totalement polarisé. Car en admettant que les Britanniques se sentent mieux en dehors de l’UE que dedans, n’auraient-ils pas dû alors donner la priorité à leurs intérêts objectifs ? Ils ne l’ont donc clairement pas fait, puisque dans l’intervalle, le Royaume-Uni a perdu 2,5 % de croissance économique depuis le référendum, et est passé de la catégorie des pays européens à plus forte croissance à celle de ceux à la traîne, en bonne compagnie, entre autres, de l’Italie.

Mais examinons un moment les deux pierres d’achoppement majeures. La question de l’Irlande du Nord et celle de l’union douanière. Il n’existe pas de désaccord sérieux au sujet de la frontière entre l’Irlande du Nord et la république d’Irlande ! Personne, pas plus l’UE que les Britanniques, ne souhaite le retour d’une frontière dure. C’est pourquoi l’accord de retrait prévoit ce que l’on a appelé le ‘backstop’. Et pourtant on ne parvient pas véritablement à un accord. Parce que les Britanniques voient là une atteinte possible à leur souveraineté. Ce n’est quand même pas insurmontable, si ?

Ensuite il y a l’union douanière rejetée par le Royaume-Uni. Non seulement une union douanière aiderait-elle à résoudre la question abordée plus haut, mais elle permettrait également de maintenir raisonnablement ouvert l’accès des exportations britanniques vers le continent européen (et vice-versa), un ‘soft Brexit’ donc. Le fait que de nombreuses entreprises établies au Royaume-Uni quittent maintenant l’île ou s’apprêtent à y cesser leurs activités, comme c’est le cas de constructeurs automobiles japonais de renom, souligne l’importance de l’accès libre à nos marchés respectifs. Sans cela, les règles du jeu vont changer. Et les entreprises en tireront leurs conclusions.

Des accords de libre-échange sont sur le point d’être conclus par l’UE. C’était là une des raisons pour les partisans du Brexit de ne plus vouloir d’union douanière avec l’UE. Ils voulaient pouvoir passer leurs propres et plus avantageux accords de commerce, meilleurs que ceux de l’UE. Et qu’en est-il en réalité ? Depuis le 1er février, un accord de commerce existe bien entre l’UE et le Japon, tandis que le Royaume-Uni doit encore entamer les discussions avec le Japon.

Un scénario de Brexit aurait donc pu être plus ou moins gérable. Mais maintenant les entreprises ne peuvent pas faire autrement que ’to be prepared for the worst’, au No Deal, hélas. Beaucoup d’entre elles s’y emploient ou sont même déjà fin prêtes. Et même si on échappe au No Deal, il y aura malgré tout, après une éventuelle période transitoire, des formalités de douane (et d’éventuelles taxes à l’importation). Tout votre travail de préparation n’aura donc pas été inutile.

Et pour les persévérants, le Brexit peut finalement malgré tout présenter un aspect positif. En effet, les Britanniques devront pouvoir continuer à compter sur de l’importation. Car mis à part quelques entreprises importantes, leur industrie est trop limitée et trop peu compétitive. Les obstacles du No Deal feront bien renoncer certains fournisseurs. Mais cela offrira des opportunités à d’autres. Nous pourrons alors faire valoir les liens commerciaux historiquement forts qui nous unissent à nos clients britanniques.

Fa Quix, directeur général