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Réaction de Fedustria à l’accord de libre-échange avec l’Inde.

L’Inde est aujourd’hui la grande économie à la croissance la plus rapide au monde et dispose d’un potentiel de marché considérable. La Belgique exporte déjà pour 4,2 milliards d’euros vers l’Inde, principalement des pierres précieuses, des produits chimiques et des machines. Un accord de libre-échange peut donc offrir des opportunités pour diversifier davantage nos échanges commerciaux.

Mais nous ne pouvons pas être naïfs. Pour l’Europe, et en particulier pour l’industrie textile belge, les risques sont importants. L’Inde est l’un des plus grands producteurs mondiaux de textiles et d’habillement et le quatrième fournisseur de produits textiles en Europe. L’accord entraînera inévitablement une augmentation substantielle des importations de textiles et de vêtements indiens — selon les estimations jusqu’à 8,4 milliards d’euros, alors que les exportations européennes vers l’Inde n’augmenteraient que de 1,4 milliard d’euros. Il est dès lors évident que cela exercera une pression sur nos entreprises et entraînera des pertes d’emplois.

Parallèlement, nous nous interrogeons sérieusement sur l’accès réel au marché indien pour les entreprises belges et européennes. Celui-ci semble aujourd’hui très limité. L’Inde est un marché fédéral complexe où les États fédérés puissants jouent un rôle déterminant, et où il n’est pas certain que les principes d’une zone de libre-échange soient effectivement respectés. Un accord commercial n’a de valeur que s’il est réciproque et offre des opportunités équivalentes des deux côtés.

Pour l’Inde, le secteur textile est stratégique : il génère massivement de l’emploi, notamment pour les travailleurs peu et moyennement qualifiés ainsi que pour les femmes dans les régions rurales. L’Inde protège fortement ce secteur. Les États-Unis appliquent actuellement des droits d’importation pouvant aller jusqu’à 50 % sur les textiles et vêtements indiens, ce qui illustre la vulnérabilité du marché européen en comparaison.

C’est pourquoi Fedustria demande que l’accord de libre-échange avec l’Inde réponde à quatre conditions essentielles :

1. Des conditions de concurrence équitables

Les produits indiens qui entrent sur notre marché doivent respecter les mêmes exigences en matière de durabilité, de normes produits, de standards environnementaux et d’obligations sociales que les producteurs européens. Nos entreprises travaillent dans un cadre réglementaire strict et ne peuvent être compétitives que si les mêmes standards s’appliquent à tous.
Aujourd’hui déjà, le contrôle insuffisant du marché au sein de l’UE permet trop souvent l’entrée de textiles bon marché et non conformes — un risque qui pourrait encore s’accentuer.

2. Un accès réel et contraignant au marché indien

Toutes les taxes régionales ou spécifiques aux États fédérés, droits additionnels et impôts ne s’appliquant qu’aux entreprises étrangères doivent être supprimés. L’accès au marché ne peut être une promesse sur le papier : il doit être concrètement perceptible pour nos entrepreneurs.

3. L’élimination des barrières commerciales non tarifaires

Les entreprises européennes ne doivent pas être confrontées à des obstacles bureaucratiques, administratifs ou techniques rendant le marché indien inaccessible en pratique. Par ailleurs, les entreprises textiles indiennes bénéficient souvent de subventions. Afin de garantir des conditions de concurrence équitables avec les entreprises européennes, cette situation ne peut perdurer.

4. Une réduction progressive et réaliste des droits d’importation européens sur les vêtements et textiles indiens

Les étapes de libéralisation doivent être maîtrisées et phasées. Une réduction trop rapide exercerait une pression considérable sur notre industrie textile et affaiblirait la compétitivité de nos entreprises. Seule une approche graduelle donnera à notre secteur le temps de s’adapter, d’investir et de rester compétitif.

Fedustria soutient un commerce mondial ouvert et équitable — mais uniquement lorsqu’il repose sur la réciprocité, la durabilité et une concurrence loyale.  Un accord de libre-échange ne peut jamais conduire à une situation où les entreprises européennes respectent les règles et sont mises en concurrence, tandis que des producteurs étrangers peuvent s’en affranchir.

Pour Fedustria, cet accord doit donc aboutir à une relation commerciale véritablement équilibrée et équitable, dans laquelle les entreprises belges et européennes peuvent concurrencer leurs homologues indiennes sur une base identique.

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